jeudi 24 avril 2008

MAISON D’ARRET DE DAKAR: La prison de Rebeuss loin des normes avec 1499 prisonnsiers


Le régisseur de la maison d’arrêt de Rebeuss, Diadji Ndiaye a déclaré que 1499 détenus dont 865 étrangers sont incarcérés, à la date du 22 avril 2008. Lors de la visite de contact ce mercredi du tout nouveau ministre de Justice Me Madické Niang, le régisseur du pénitencier a également indiqué que ce nombre avoisine le double de la capacité de cette maison d’arrêt dont la capacité théorique est de 800 détenus.
« Sur un effectif théorique de 800 détenus, la maison de Rebeuss compte aujourd’hui une population carcérale de 1499 personne. Presque le double de l’effectif normal », a déclaré M. Ndiaye. Communément appelé "100 mètres carrés" pour ses dimensions, la prison a été construite en 1925, et compte 43 dortoirs de dimension assez variables répartis en six secteurs.
Le régisseur a aussi révélé que parmi les établissements pénitencier seuls deux ont été construits pour accueillir des détenus. Il a ajouté qu’au cours de l’année 2007, 10 940 personnes ont été placées sous mandat de dépôt.
Le colonel Cheikh Tidiane Mbaye, directeur de l’administration pénitentiaire a évoqué avec le ministre de la justice le manque d’équipements, le déficit en personnel entre autres. Selon M. MBaye, le Sénégal compte un surveillant pour huit détenus alors que la norme internationale est d’un agent pour deux détenus.
Soulignant les efforts du pouvoir depuis 2000 qui a presque doublé le personnel en recrutement massivement, il a invité le gouvernement à poursuivre cette politique. M. Mbaye a indiqué qu’entre 2009 et 2010, la moitié du personnel va partir à la retraite. Le directeur de l’administration pénitentiaire a déploré aussi le manque d’équipement en arme de ses hommes. « C’est là où le bât blesse », a dit M. Ndiaye qui a affirmé que les agents pénitentiaires utilisent un matériel dépassé.
Me Madické Niang a promis d’améliorer les conditions de vie et de travail des agents de l’administration pénitentiaire. Il s’est aussi engagé à améliorer l’existent tout en réaffirmant la volonté du gouvernement de construire de nouvelles prisons qui répondent aux normes dans ce domaine. « En tant qu’acteur de la justice, j’ai vécu ces problèmes. Je vais m’employer à les résoudre », a dit le ministre de la Justice.

SENEGAL-FIXATION DES PRIX DU RIZ: L’Unacois dénonce l’unilatéralisme du gouvernement


Les prix du riz ont été stabilisés, par décret du gouvernement pour contrer la flambée qui affecte les produits de grande consommation. Une décision unilatérale, estime l’Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois-jappoo) qui réclame une réflexion plus poussée sur les procédures de fixation des prix et surtout l’implication de tous les acteurs.
Selon Ousmane Sy Ndiaye, Secrétaire permanent de l’Unacois-jappoo, il est très difficile de maîtriser le coût du riz au plan mondial. Il y ajoute les difficultés rencontrées par les siens sur la gestion de la problématique par le gouvernement, se plaignant de ne pas être associée à la fixation des prix de la céréale.
« La procédure de fixation du prix du kilo n’a pas associé l’ensemble des intervenants de la filière. C’est une chose de consulter les importateurs, mais c’est davantage plus important aussi d’associer largement les distributeurs et les grossistes. C’est à cette condition que nous aurons un sentiment global qui traduit un tout petit peu la réalité de la filière et en ce moment, nous aurons peut-être une décision qui pourrait éventuellement être respectée par la majorité des acteurs », soutient le Secrétaire permanent de l’Unacois-Jappoo.
A la question de savoir si les commerçants regroupés au sein de cette organisation adhèrent à cette nouvelle grille de prix fixée par le gouvernement, M. Ndiaye Sy rétorque que « naturellement il va être très compliqué de le remettre en cause. D’abord parce que l’information est déjà partie. Mais ce qui est important, c’est un peu de réajuster et de recentrer l’ensemble des activités, que ce soit l’intervention du gouvernement ou l’intervention des commerçants ».
Il soulève en outre des questions liées à la durée de vie des prix, la prise en compte des stocks disponibles.
Début avril, l’Unacois-Jappo avait appelé l’Etat à lever les protections sur certains produits de consommation courante comme l’huile, le sucre, au cours d’un point de presse, ce jeudi, à Dakar pour permettre de soulager un peu les populations face à la tendance haussière des denrées de première nécessité.
« La hausse de 52 % de taxes de protection sur les autres produits de consommation courante ne facilite pas la vie des aux Sénégalais », avait déclaré Moustapha Lô, coordonnateur de ladite organisation, chargé de la communication. Ces commerçants avaient également demandé à l’Etat de baisser les droits de douane sur les denrées de première nécessité à défaut d’y renoncer. Ils avaient noté que d’ici trois mois, le marché national sera correctement approvisionné en riz, grâce, disent-ils, à leurs connaissances de la filière, que le kilogramme ne pourrait pas coûter moins de 280 francs pour le riz parfumé et 290 francs pour le riz parfumé. Au-delà de trois mois, avaient-t-ils prévenu, les Sénégalais doivent s’attendre à acheter ce riz entre 450 francs et 500 francs.
Le 11 avril dernier, le gouvernement a décidé de fixer par décret le prix du riz standard (riz brisé consommé par la majorité des Sénégalais) à 260 FCFA le kilogramme.

APRES LES CRITIQUES DE WADE CONTRE LA FAO: Cinglante réplique de Jacques Diouf à Wade


Le directeur général de la FAO n’a pas du tout apprécié les attaques de Me Wade contre son organisation. Lors du lancement de la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana), le chef de l’Etat sénégalais avait déclaré qu’il était inadmissible que la FAO prélève 20% sur l’aide alimentaire. Il avait aussi ajouté que la FAO ne devait pas se transformer en main tendue de l’Afrique pour recevoir de la pitance.
En conférence de presse ce matin à Paris, pour se prononcer sur la crise alimentaire qui secoue actuellement le monde, Jacques Diouf n’a pas manqué d’apporter un cinglant démenti à Me Wade. Dans la déclaration du directeur général de la FAO dont la radio Océan FM et Sud FM (radios emettant à Dakar) ont diffusé un extrait à midi, on peut noter ces précisions : "Premièrement, pour ce qui est de l’aide alimentaire ce n’est pas la Fao qui s’en occupe, mais le Programme alimentaire mondial. Deuxièmement pour le budget de la Fao, ce sont les Etats membres qui contribuent à hauteur de 960 millions de dollars. Naturellement pour les 20% je ne sais pas où est-ce qu’il (Ndlr, Wade) est allé chercher ce chiffre".
Selon Jacques Diouf, "ce n’est pas à s’attaquant à la FAO et aux Ong qu’on va régler les problèmes du Sénégal. Et c’est étonnant que de tous les 190 chefs d’Etat, il n’y a que lui qui ait tenu de tels propos".
Le directeur général de l’agence technique onusienne a rappelé, par ailleurs, que lorsque la Fao avait lancé un appel à l’aide internationale, elle avait d’abord contribué à hauteur de 17 millions de dollars sur ses ressources propres. L’organisation internationale n’avait pas demandé que l’aide passe par elle, mais c’était aux donateurs de choisir leurs canaux pour faire parvenir cette aide, a-t-il poursuivi.
En ce qui concerne le fonctionnement de la FAO, Jacques Diouf rappelle que ce sont les 190 pays membres et l’Union européenne qui définissent les règles.
M. Diouf n’a pas manqué d’évoquer les "véritables causes" de la crise alimentaire qui secoue le monde en général et particulièrement des pays pauvres et endettés comme le Sénégal. Il relève que seuls 7% des terres arables sont irriguées en Afrique. Le directeur général de la Fao regrette dans la même veine que des Etats comme le Sénégal n’aient "pas assez investi dans les routes rurales pour permettre que les produits agricoles aillent à l’intérieur des pays". Il n’y a pas non plus eu assez d’investissements pour "l’acquisition de moyens de stockages des produits agricoles", "pas de réflexions poussées sur les moyens de pénétrer les marchés dans le monde", "pas de politique de maîtrise de l’environnement économico-fiscal" et enfin une absence de coordination de toutes ces facettes du même problème, a énuméré Jacques Diouf.
Jacques Diouf a été ministre de la recherche scientifique au Sénégal sous la présidence de Abdou Diouf. Il a été également secrétaire général de la BCEAO durant 8 mois et directeur général de l’Agrao. Né au Sénégal, il a fait ses études en France, notamment à l’École nationale d’agriculture de Grignon-Paris.

INFLATION ET CRISE SOCIALE AU SENEGAL: Manifestations tous azimuts cette semaine


L’opposition entend manifester samedi contre la cherté de la vie. Les jeunes du « Front Siggil Sénégal » eux battent finalement le macadam ce 26 avril, après plusieurs reports. Barthélemy Dias et ses camarades ont avisé l’autorité à travers une lettre d’information, mais disent n’attendre aucune autorisation pour passer à l’acte, puisque exerçant un droit constitutionnel. Dimanche, ce sera au tour de Diourbel de prendre le relais, alors que ce mercredi, les travailleurs de la Fgts ouvre le bal à Dakar.
Barthélemy Dias et compagnie vont marcher de la Rts à la Place de l’Obélisque pour dire non à la vie chère, entre autre griefs. « La marche du 15 avril avait été autorisée par les autorités et nous ne voyons pas de raisons pour lesquelles cette marche de ce samedi 26 avril ne sera pas autorisée », indique le jeune responsable socialiste.
Il précise que lui et ses camarades se sont acquittés des formalités administratives et ont accepté de prendre l’itinéraire proposé l’autorité étatique. « Donc cette marche, nous avons bon espoir de pouvoir la tenir, samedi le 26 », dit M. Dias. Et si la marche était interdite ? « Je dis encore une fois que nous n’attendons pas une autorisation de qui que ce soit. Nous attendons des autorités un accord, parce que l’autorisation, nous l’avons déjà, à travers la constitution du Sénégal », martèle le coordonnateur des jeunes du « Front Siggil Sénégal ».
Barthélemy Dias a expliqué que c’est une marche pour « manifester contre la cherté de la vie, pour exiger un audit de l’Agence nationale pour l’Organisation de la conférence islamique (Anoci), pour exiger une augmentation de l’aide gouvernementale au monde rural qui est actuellement en détresse et finalement pour manifester contre le report des élections locales ».
Le lendemain, dimanche, ce sera au tour de l’opposition de Diourbel. Une marche de protestation initiée pour les mêmes motifs. Une lettre d’information a été déposée auprès du préfet de Diourbel, confirme Abdourahmane Wane, président du comité d’organisation. « Nous pensons qu’il existe des solutions et que le gouvernement tarde à régler ces problèmes. Donc la situation est devenue insupportable pour nous et pour toute la population. C’est pour cela que nous appelons justement ces populations à venir massivement manifester avec nous pour que le gouvernement, le président de la République puisse prendre en charge véritablement ces problèmes. Il existe des solutions et, de manière urgente, c’est diminuer le train de vie de l’Etat au profit des populations les plus démunies », égrène le responsable diourbellois.
M. Wane est aussi optimiste sur la tenue de la manifestation. « Je crois que le préfet ne va pas interdire la marche, parce que nous l’avons déposée en bonne et due forme et nous pensons que la constitution nous permet de marcher. Donc il prendra ses dispositions pour encadrer la marche », observe-t-il.
Pour sa part, la Fédération générale des travailleurs du Sénégal (Fgts) va, elle, battre le macadam ce mercredi, avec l’aval du préfet de Dakar.

mardi 22 avril 2008

HOMMAGE-AIME CESAIRE: Le volcan s’est éteint


Par Achille Mbembe
Le glas ayant sonné, Césaire est donc parti. Désormais allongé, étendu seul, il est là, ici, partout et nulle part, fiché horizontalement, à la manière de ce qui plus jamais ne se relèvera.
Passé au pays du grand sommeil, le veilleur s’est finalement délivré de soi. Et ayant rejoint le revers du temps, celui-qui-guettait-la-nuit s’est frayé un chemin solitaire dans la nuit, la grande nuit de l’innommé.
Mais l’entretien entamé en 1935 en Dalmatie (Croatie), au moment de l’invasion et de l’occupation de l’Éthiopie par les troupes italiennes, au zénith de l’impérialisme européen, de la montée du fascisme, de l’hitlérisme et du racisme, lorsqu’il entreprit d’écrire le Cahier d’un retour au pays natal – cet entretien sera toujours, par essence, infini.
Et c’est donc à le reprendre, chaque fois en des termes nouveaux, sans jamais donner à ses affirmations un sens trop facile, trop frivole, que la présence nue de sa mort désormais nous convie.

Le sort de « l’homme noir » dans le monde

Toute sa vie, Césaire aura lutté avec force et tranchant, énergie et lucidité, mixte de clarté et d’obscurité, avec les armes miraculeuses de la poésie et celles non moins honorables de la politique, les yeux fixés tantôt sur l’impérissable, tantôt sur l’éphémère, ce qui passe et s’en retourne à la poussière.
Il aura obstinément cherché à ménager un lieu de permanence à partir duquel le mensonge puisse être éventé, la vérité ressuscitée et l’indestructible se manifester. C’est la raison pour laquelle sa pensée, volcanique, aura été à la fois celle de l’interruption, du soulèvement, de l’espérance et de la déclosion.
Le socle de cette pensée de la lutte et du soulèvement aura été d’une part l’affirmation de l’irréductible pluralité du monde ou, comme il aimait à le dire, « des civilisations » ; et de l’autre la conviction selon laquelle « l’homme où qu’il se trouve a des droits en tant qu’homme ».
Ce dont cette pensée aura porté témoignage, c’est l’espérance d’un rapport humain avec la différence – rapport inconditionnel d’humanité rendu d’autant plus impératif à l’évidence du visage sans nom auxquels on se heurte, et de l’inexorable moment de violence qui nous pousse à dénuder ce visage, à violer ce nom et à en effacer la sonorité.
Ce qu’elle aura mis en procès, c’est le racisme et le colonialisme, deux formes modernes de ce viol et de cet acte d’effacement, deux figures de l’animalité dans l’homme, de l’union de l’humain et de la Bete contre laquelle la république elle-même n’est pas immunisée et de laquelle notre monde est loin d’être entièrement sortis.
Enfin, la terreur qui l’aura habité, c’est celle d’un sommeil sans réveil, d’un sommeil sans jour nouveau, sans soleil ni lendemain.
Et, puisque l’on y est, l’obsession de Césaire, ce ne fut pas seulement les Antilles, ce pays qu’il avait coutume d’appeler non pas « français », mais « caribéen ».
Ce ne fut pas seulement la France qu’il servit avec amour et dévouement et dont il disait de la Révolution qu’elle avait - événement tout à fait inaugural dans son esprit - fait l’impasse sur « le problème colonial », c’est-à-dire la possibilité d’une société sans races.
Ce fut aussi Haïti (une terre qui, disait-il, « avait prétendument conquis sa liberté », mais qui était plus misérable qu’une colonie).
Ce fut le Congo de Lumumba et, à travers lui, l’Afrique (où l’indépendance avait débouché sur « un conflit entre nous-mêmes »).
Ce fut l’Amérique noire (à l’égard de laquelle il n’avait cesse de rappeler et de proclamer la « dette de reconnaissance »).
Ce fut, comme il ne cessa de le répéter lui-même, « le sort de l’homme noir dans le monde moderne ».

Pluralité du monde et partage des singularités

Or, au moment où Césaire s’en va, il nous faut prendre au sérieux ce souci déclaré pour ce qu’il appelle « l’homme noir ».
Il nous faut éviter de neutraliser la charge polémique que portent ce souci et l’inconnu auquel il se rapporte tout en acceptant que tout cela puisse nous déconcerter.
Il nous faut embrasser ce souci non pour enfermer Césaire dans une conception carcérale de l’identité, encore moins pour reléguer sa pensée à une forme de tribalisme racial, mais pour que justement, dans le vacarme des éloges officiels et les tentatives nationalistes de récupération et d’instrumentalisation, nul ne puisse se dérober face aux difficiles questions qu’il fit siennes, qu’il ne cessa de poser à tous, et qui aujourd’hui encore restent, pour l’essentiel, sans réponse, à commencer par la question de la race et du racisme.
Ne disait-il pas encore, vers la fin du siècle dernier, que « ce qui fait question, c’est le racisme ; c’est la recrudescence du racisme dans le monde entier ; ce sont les foyers de racisme qui, ça et là, se rallument. C’est cela qui fait question. C’est cela qui doit nous préoccuper. Alors, est-ce bien le moment, pour nous, de baisser la garde et de nous désarmer nous-mêmes ? » (Discours sur la négritude, 1987)
Que veut donc dire Césaire lorsqu’il proclame son souci pour le sort fait à « l’homme noir » dans le monde moderne ? Qu’entend-il par « homme noir » ? Pourquoi ne pas dire l’humain tout court ?
Soulignons d’abord qu’en faisant de la race le point de départ de sa critique du politique, de la modernité et de l’idée même de l’universel, Césaire s’inscrit en droite ligne d’une tradition critique intellectuelle noire que l’on retrouve aussi bien chez les Afro-Américains que chez nombre d’autres penseurs caribéens anglophones, voire Africains.
Chez Césaire cependant, la critique de la race ne débouche pas sur la sécession du monde, mais sur l’affirmation de sa pluralité et la nécessité de sa déclosion.
Affirmer que le monde est pluriel, militer pour sa déclosion, c’est dire que l’Europe n’est pas le monde, mais seulement une partie de celui-ci.
C’est donc faire contrepoids à ce que Césaire appelle « le réductionnisme européen » - par quoi il entend « ce système de pensée ou plutôt l’instinctive tendance d’une civilisation éminente et prestigieuse à abuser de son prestige même pour faire le vide autour d’elle en ramenant abusivement la notion d’universel à ses propres dimensions, autrement dit à penser l’universel à partir de ses seuls postulats et à travers ses catégories propres ». Et d’indiquer les conséquences que cela entraine : « couper l’homme de l’humain, et l’isoler, en définitive, dans un orgueil suicidaire sinon dans une forme rationnelle et scientifique de la barbarie ».
D’autre part, affirmer que le monde ne se réduit pas à l’Europe, c’est réhabiliter la singularité et la différence. En cela, et quoi que l’on ait dit, Césaire est très proche de Senghor.
Tous les deux récusent les visions abstraites de l’universel. Ils font valoir que l’universel se décline toujours dans le registre de la singularité. À leurs yeux, l’universel est précisément le lieu d’une multiplicité de singularités dont chacune n’est que ce qu’elle est, c’est-à-dire dans ce qui la relie et la sépare d’autres singularités. Chez l’un comme chez l’autre, il n’y a donc pas d’universel absolu. Il n’y a d’universel qu’en tant que communauté des singularités et des différences, partage qui est à la fois mise en commun et séparation.
On le voit. Ici, la critique de la race n’a de sens que parce qu’elle ouvre la voie à une autre imagination de l’idée humaine et de la communauté universelle.
En cet age de la guerre sans fin et des multiples retours du colonialisme, une telle critique est loin d’etre terminée. Elle est encore indispensable dans les conditions contemporaines, qu’il s’agisse de questions liées à la citoyenneté, à la présence des étrangers et des minorités parmi nous, aux figures non-européennes du devenir humain, au conflit des monothéismes ou encore à la globalisation.

Retours du colonialisme

Sur un autre plan, la critique de la race chez Césaire a toujours été inséparable de la critique du colonialisme et de la pensée qui le portait.
Qu’est-ce en son principe la colonisation, se demande-t-il dans son Discours sur le colonialisme (1955).
Elle n’est, « ni évangélisation, ni entreprise philanthropique, ni volonté de reculer les frontières de l’ignorance, de la maladie, de la tyrannie, ni élargissement de Dieu, ni extension du droit ». Équation malhonnête, elle est fille de l’appétit, des cupidités et de la force – les mensonges, les traités violés, les expéditions punitives, le poison instillé dans les veines de l’Europe, l’ensauvagement, tout ce par quoi le colonisateur se décivilise, plonge dans l’abrutissement, apprend à réveiller les instincts enfouis, la convoitise, la violence, la haine raciale et le relativisme moral.
D’où le fait que « nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ; qu’une nation qui colonise, qu’une civilisation qui justifie la colonisation est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte, qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle son Hitler ».
Et d’ajouter : « Le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraine à le traiter en bete, tend objectivement à se transformer lui-même en bete ».
Prendre au sérieux Césaire, c’est continuer de traquer dans la vie d’aujourd’hui les signes qui indiquent ces retours du colonialisme ou sa reproduction et sa répétition dans les pratiques contemporaines – qu’il s’agisse des pratiques de guerre, des formes de minorisation et de stigmatisation des différences ou, plus directement, des formes de révisionnismes qui, s’appuyant sur l’échec des régimes indépendants, cherchent à justifier ex post ce qui fut avant tout un gouvernement grossier, vénal et arbitraire.

Un testament d’espérance

Finalement, il importe de continuer de s’interroger sur les sens du terme « nègre » que Senghor et Césaire réhabilitèrent au plus fort du racisme impérial. Il est d’ailleurs significatif qu’au soir de sa vie, Césaire s’estime obligé de rappeler récemment à Françoise Vergès : « Nègre je suis et nègre je resterai » (Nègre je suis, & nègre je resterai. Entretiens avec Françoise Vergès, 2004).
La prise de conscience de son être-nègre date du début des années 1930 quand il fait, à Paris, la rencontre de Léopold Sédar Senghor et des écrivains afro-américains Langston Hughes, Claude McKay, Countee Cullen, Sterling Brown et plus tard Richard Wright et bien d’autres.
Cette prise de conscience est provoquée par l’interrogation pressante, angoissante, que se posent, dans l’entre-deux-guerres, une génération de penseurs noirs. Cette question porte sur la condition noire d’une part et les possibilités du temps de l’autre. Césaire la résume de la manière suivante : « Qui sommes-nous dans ce monde blanc ? Que nous est-il permis d’espérer et que devons-nous faire ? ».
À la question « Qui sommes-nous dans ce monde blanc ? », Césaire apporte une réponse dépourvue d’ambigüité : « Nègres nous sommes ». En affirmant de façon aussi péremptoire sa « négritude », il affirme une différence que rien ne doit simplifier, qu’il ne faut pas chercher à réduire et de laquelle il ne faut pas se détourner en la déclarant indicible.
Mais qu’entend-il par « nègre », ce renvoi ou encore ce nom dont Fanon dit, dans Peau noire, masque blancs, qu’il n’est qu’une fiction ? Et que nous faut-il entendre par ce mot aujourd’hui ?
Pour lui, ce nom renvoie non pas à une réalité biologique ou à une couleur de peau, mais à « l’une des formes historiques de la condition faite à l’homme ». Mais ce mot est également synonyme de « lutte opiniâtre pour la liberté et d’indomptable espérance ».
Chez Césaire, le terme « nègre » signifie donc quelque chose d’essentiel, qui ne relève absolument pas du racisme noir ou de l’idolâtrie de race. Parce qu’il est chargé de tant d’épreuves (que Césaire tient absolument à ne jamais oublier) et parce qu’il constitue la métaphore par excellence de la « mise à part », ce nom exprime le mieux, et a contrario, la quête de ce qu’il appelle une « plus large fraternité », ou encore un « humanisme à la mesure du monde ».
Ceci dit, cet humanisme à la mesure du monde, on ne saurait en parler que dans le langage de l’à-venir, de ce qui toujours se situera au-devant de nous et qui, comme tel, sera toujours privé de nom et de mémoire, mais non point de raison – ce qui, comme tel, toujours échappera à la répétition parce que toujours radicalement différent.
Du coup, l’universalité du nom « nègre », il faut la chercher non du coté de la répétition, mais de celui de la différence radicale sans laquelle la déclosion du monde est impossible. C’est au nom de cette différence radicale qu’il faut réimaginer « le nègre » comme la figure de celui qui est en route, qui est prêt à se mettre en route, qui fait l’expérience de l’arrachement et de l’étrangeté.
Mais pour que cette expérience du parcours et de l’exode ait un sens, il faut qu’elle fasse une part essentielle à l’Afrique. Il faut qu’elle nous ramène à l’Afrique, ou du moins qu’elle fasse un détour par l’Afrique, ce double du monde dont nous savons que le temps viendra.
Césaire savait que le temps de l’Afrique viendrait, qu’il nous fallait l’anticiper et nous y préparer. C’est cette réinscription de l’Afrique dans le registre du voisinage et de l’extrême lointain, de la présence autre, de ce qui interdit toute demeure et toute possibilité de résidence autre qu’onirique - c’est cette manière d’habitation de l’Afrique qui lui permit de résister aux sirènes de l’insularité.
Finalement, c’est peut-être l’Afrique qui, lui ayant permis de comprendre qu’il y a des forces profondes en l’homme qui excèdent l’interdit, octroya à sa pensée son caractère volcanique.

LYCEE LAMINE GUEYE: Une crise d'hystérie collective s'empare de l'école


Le lycée Lamine Guèye de Dakar serait-il hanté ? Moins de soixante-douze heures après les premières transes qui avaient touché vendredi dernier quelque 90 élèves de l’établissement, une nouvelle vague d’hystérie collective a affecté hier, lundi 21 avril, une vingtaine de potaches. A l’émoi et à la stupéfaction se sont substituées à présent l’incompréhension et l’inquiétude des pensionnaires du vieil établissement d’enseignement secondaire.
Les crises d’hystérie collective enregistrées vendredi dernier au sein du lycée Lamine Guèye de Dakar ont repris de plus belle lundi matin. Moins de deux heures à peine après le début des cours, une vingtaine de jeunes filles poussant des cris comme des possédées sont tombées en transe, au grand émoi des responsables du vieil établissement complètement dépassées par la situation et ne sachant plus où donner de la tête. Ces nouvelles transes venaient se surajouter aux crises d’hystérie collective qui avaient déjà touché 90 élèves ( 88 filles et deux garçons ) du lycée en fin de semaine, occasionnant ainsi la fermeture provisoire de l’établissement pour 48 heures. Ces nouvelles atteintes, 21 au total et toutes de sexe féminin, présentaient les même symptômes que ceux du week-end dernier ( agitations hystériques, crises, syncopes et transes). Alertés, les sapeurs pompiers ont de nouveau rappliqué dans le lycée pour porter secours aux élèves en transes, tous pensionnaires du collège érigé dans l’enceinte même du lycée. Un lycée baigné dans une atmosphère de forte tension et dont la cour a été prise d’assaut par mal de parents d’élèves et de curieux accourus aux nouvelles. La salle des professeurs du lycée a été alors aménagée en centre d’accueil des jeunes filles victimes de transes pendant que celles qui présentaient des cas plus difficiles à prendre en charge ont été évacuées dans les hôpitaux de Fann et de Principal. Selon ainsi le colonel Diène Faye, commandant du sous-groupement n°1 du groupement national des sapeurs pompiers, « Douze (12) d’entre elles ont été admises à l’hôpital Principal de Dakar, une à l’hôpital de Fann et huit (08) traitées sur place et remises à leurs parents grâce à l’intervention des médecins dépêchés sur place dans le cadre du Plan blanc déclenché par les services de l’hôpital Principal ».
Un phénomène difficile à expliquer
Le phénomène d’hystérie collective qui a frappé à deux reprises les potaches du lycée Lamine Guèye semble jusqu’à ce jour échapper à toute explication rationnelle. Bien qu’une commission d’enquête soit déjà mise sur pied comme l’a affirmé le docteur Idrissa Bâ de la Direction de la santé mentale, les explications crédibles tardent pour rendre raison de ce phénomène dont l’ampleur commence à susciter l’inquiétude et la psychose chez les apprenants comme les membres d’encadrement pédagogique du lycée.
Cette absence d’explication rationnelle du phénomène de crise collective au lycée Lamine Guèye a fini d’ailleurs par conforter la thèse mystique de la dame Seynabou Gaye, exorciste de son état. Pour la traditionaliste, seul le recours à des sacrifices et à des rituels de purification peut permettre d’endiguer ce phénomène de transe collective au lycée Lamine Guèye. Il faut noter pour finir que l’établissement d’enseignement secondaire est fermé, par mesure de sécurité, jusqu’à nouvel ordre.
Un des plus vieux établissements de la capitale sénégalaise, le lycée Lamine Guèye a été construit en 1920 avec l’ouverture du cours secondaire de Dakar. Il est baptisé en 1936 lycée Van Vollenhoven, du nom d’un éphémère Gouverneur qui s’opposa au recrutement d’indigènes pour la première Guerre mondiale. L’établissement qui était fréquenté à sa création par les fils des blancs européens sera rebaptisé en 1985 ’’Lamine Guèye’’ (ancien président de l’Assemblée nationale) par le ministre de l’Education nationale de l’époque, Iba Der Thiam.
D’éminentes personnalités comme le premier Président Léopold Sédar Senghor, l’actuel Président de Mauritanie Sidi Ould Cheikh Abdellahi, l’écrivaine Mariama Bâ, des hommes politiques (Moustapha Niasse, Djibo Leïty Ka, Landing Savané, Mamadou Diop ‘’Decroix’’) ont fréquenté le lycée.
Un lycée dont la délocalisation annoncée par le régime libéral est à la source d’une véritable levée des boucliers. Des esprits malicieux sont même allés jusqu’à voir dans cette crise d’hystérie collective qui a frappé à deux reprises les élèves du lycée, une provocation « surnaturelle » d’intérêts nébuleux tapis dans l’ombre…

lundi 21 avril 2008

TELECOMMUNICATIONS-SERVICE UNIVERSEL: Micmac dans la gestion du fonds de développement


Le Fonds de développement du service universel, estimé à une dizaine de milliards, suscite de nombreuses interrogations. C’est le flou total, selon l’Intersyndicale des travailleurs de la Sonatel, qui exige la transparence et interpelle l’Agence de régulation des télécommunications et des postes (Artp). Cette dernière rassure et annonce la mise en place prochaine du Comité de direction.
Les travailleurs des postes et télécommunication sont inquiets de la gestion des fonds mobilisés dans le cadre du service universel. « Les inquiétudes, c’est par rapport à la transparence dans la gestion de ce fonds-là, parce que nous l’avions dit à l’époque, depuis 2003 à peu près, nous n’avons pas connu de rapport fait et élaboré par l’Agence de régulation pour expliquer la destination des fonds collectés, qui se chiffrent à plusieurs dizaines de milliards », selon Aïdara Diop, Coordonnateur de l’Intersyndicale, porte la parole des travailleurs de la Sonatel. Il explique que dans le cadre de la libéralisation du secteur des postes et télécommunications, l’Etat a eu pour souci le développement du service universel, et décidé de la création dudit fonds alimenté par les différents opérateurs.
« Si l’Artp collecte le Fonds pour le développement du service universel et qu’on n’ait pas de visibilité sur l’utilisation de ces fonds-là, je pense que ça pose problème », M. Diop. Il rappelle que la Sonatel a demandé à pendre en charge le développement du service universel, mais que l’Etat a préféré confier la gestion des fonds l’Artp. Soit, celle-ci devrait « faire preuve de plus de transparence sur la gestion parce que c’est les deniers publics », insiste-t-il.
Pour sa part, l’Artp avoue ne pas connaître le montant exact du Fonds. « Je ne peux pas aujourd’hui vous dire quel est le montant qui a été collecté. Le taux, c’est 3 % du chiffre d’affaires net des opérateurs, mais il y a aussi l’Etat, l’Artp et les bailleurs de fonds qui y contribuent », note Thierno Mouhamadou Baba Ly, directeur des opérations à l’Artp. Il indique « le Fonds n’est pas encore mis en œuvre, parce qu’il est géré par deux organes. Il y a d’abord le Comité de direction, qui est dirigé par un représentant de Monsieur le président de la République, et où il y a un représentant du Premier ministre, de certains ministères, un représentant de chaque opérateur, donc Sonatel et Sentel, des représentants également des associations de consommateurs ». M. Ly ajoute que le Directeur général de l’Artp est l’Administrateur du Fonds, mais que toutes les décisions, les orientations et les décisions pour l’utilisation du Fonds sont prises par le Comité de direction dans lequel siègent les opérateurs.
M. Ly fait savoir en outre que ce Comité n’est pas encore mis en place. « Nous attendons, ce qui ne saurait tarder, la désignation par le président de la République de son représentant, président du Fonds. Les ressources du Fonds sont déposées dans un compte séparé du compte de l’Artp », dit-il. Pour lui, il n’y a donc « aucune inquiétude, on ne peut faire aucun investissement, aucune sortie d’argent tant que le Comité de direction n’est pas en place ».