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jeudi 24 avril 2008

MAISON D’ARRET DE DAKAR: La prison de Rebeuss loin des normes avec 1499 prisonnsiers


Le régisseur de la maison d’arrêt de Rebeuss, Diadji Ndiaye a déclaré que 1499 détenus dont 865 étrangers sont incarcérés, à la date du 22 avril 2008. Lors de la visite de contact ce mercredi du tout nouveau ministre de Justice Me Madické Niang, le régisseur du pénitencier a également indiqué que ce nombre avoisine le double de la capacité de cette maison d’arrêt dont la capacité théorique est de 800 détenus.
« Sur un effectif théorique de 800 détenus, la maison de Rebeuss compte aujourd’hui une population carcérale de 1499 personne. Presque le double de l’effectif normal », a déclaré M. Ndiaye. Communément appelé "100 mètres carrés" pour ses dimensions, la prison a été construite en 1925, et compte 43 dortoirs de dimension assez variables répartis en six secteurs.
Le régisseur a aussi révélé que parmi les établissements pénitencier seuls deux ont été construits pour accueillir des détenus. Il a ajouté qu’au cours de l’année 2007, 10 940 personnes ont été placées sous mandat de dépôt.
Le colonel Cheikh Tidiane Mbaye, directeur de l’administration pénitentiaire a évoqué avec le ministre de la justice le manque d’équipements, le déficit en personnel entre autres. Selon M. MBaye, le Sénégal compte un surveillant pour huit détenus alors que la norme internationale est d’un agent pour deux détenus.
Soulignant les efforts du pouvoir depuis 2000 qui a presque doublé le personnel en recrutement massivement, il a invité le gouvernement à poursuivre cette politique. M. Mbaye a indiqué qu’entre 2009 et 2010, la moitié du personnel va partir à la retraite. Le directeur de l’administration pénitentiaire a déploré aussi le manque d’équipement en arme de ses hommes. « C’est là où le bât blesse », a dit M. Ndiaye qui a affirmé que les agents pénitentiaires utilisent un matériel dépassé.
Me Madické Niang a promis d’améliorer les conditions de vie et de travail des agents de l’administration pénitentiaire. Il s’est aussi engagé à améliorer l’existent tout en réaffirmant la volonté du gouvernement de construire de nouvelles prisons qui répondent aux normes dans ce domaine. « En tant qu’acteur de la justice, j’ai vécu ces problèmes. Je vais m’employer à les résoudre », a dit le ministre de la Justice.

INFLATION ET CRISE SOCIALE AU SENEGAL: Manifestations tous azimuts cette semaine


L’opposition entend manifester samedi contre la cherté de la vie. Les jeunes du « Front Siggil Sénégal » eux battent finalement le macadam ce 26 avril, après plusieurs reports. Barthélemy Dias et ses camarades ont avisé l’autorité à travers une lettre d’information, mais disent n’attendre aucune autorisation pour passer à l’acte, puisque exerçant un droit constitutionnel. Dimanche, ce sera au tour de Diourbel de prendre le relais, alors que ce mercredi, les travailleurs de la Fgts ouvre le bal à Dakar.
Barthélemy Dias et compagnie vont marcher de la Rts à la Place de l’Obélisque pour dire non à la vie chère, entre autre griefs. « La marche du 15 avril avait été autorisée par les autorités et nous ne voyons pas de raisons pour lesquelles cette marche de ce samedi 26 avril ne sera pas autorisée », indique le jeune responsable socialiste.
Il précise que lui et ses camarades se sont acquittés des formalités administratives et ont accepté de prendre l’itinéraire proposé l’autorité étatique. « Donc cette marche, nous avons bon espoir de pouvoir la tenir, samedi le 26 », dit M. Dias. Et si la marche était interdite ? « Je dis encore une fois que nous n’attendons pas une autorisation de qui que ce soit. Nous attendons des autorités un accord, parce que l’autorisation, nous l’avons déjà, à travers la constitution du Sénégal », martèle le coordonnateur des jeunes du « Front Siggil Sénégal ».
Barthélemy Dias a expliqué que c’est une marche pour « manifester contre la cherté de la vie, pour exiger un audit de l’Agence nationale pour l’Organisation de la conférence islamique (Anoci), pour exiger une augmentation de l’aide gouvernementale au monde rural qui est actuellement en détresse et finalement pour manifester contre le report des élections locales ».
Le lendemain, dimanche, ce sera au tour de l’opposition de Diourbel. Une marche de protestation initiée pour les mêmes motifs. Une lettre d’information a été déposée auprès du préfet de Diourbel, confirme Abdourahmane Wane, président du comité d’organisation. « Nous pensons qu’il existe des solutions et que le gouvernement tarde à régler ces problèmes. Donc la situation est devenue insupportable pour nous et pour toute la population. C’est pour cela que nous appelons justement ces populations à venir massivement manifester avec nous pour que le gouvernement, le président de la République puisse prendre en charge véritablement ces problèmes. Il existe des solutions et, de manière urgente, c’est diminuer le train de vie de l’Etat au profit des populations les plus démunies », égrène le responsable diourbellois.
M. Wane est aussi optimiste sur la tenue de la manifestation. « Je crois que le préfet ne va pas interdire la marche, parce que nous l’avons déposée en bonne et due forme et nous pensons que la constitution nous permet de marcher. Donc il prendra ses dispositions pour encadrer la marche », observe-t-il.
Pour sa part, la Fédération générale des travailleurs du Sénégal (Fgts) va, elle, battre le macadam ce mercredi, avec l’aval du préfet de Dakar.

mardi 22 avril 2008

LYCEE LAMINE GUEYE: Une crise d'hystérie collective s'empare de l'école


Le lycée Lamine Guèye de Dakar serait-il hanté ? Moins de soixante-douze heures après les premières transes qui avaient touché vendredi dernier quelque 90 élèves de l’établissement, une nouvelle vague d’hystérie collective a affecté hier, lundi 21 avril, une vingtaine de potaches. A l’émoi et à la stupéfaction se sont substituées à présent l’incompréhension et l’inquiétude des pensionnaires du vieil établissement d’enseignement secondaire.
Les crises d’hystérie collective enregistrées vendredi dernier au sein du lycée Lamine Guèye de Dakar ont repris de plus belle lundi matin. Moins de deux heures à peine après le début des cours, une vingtaine de jeunes filles poussant des cris comme des possédées sont tombées en transe, au grand émoi des responsables du vieil établissement complètement dépassées par la situation et ne sachant plus où donner de la tête. Ces nouvelles transes venaient se surajouter aux crises d’hystérie collective qui avaient déjà touché 90 élèves ( 88 filles et deux garçons ) du lycée en fin de semaine, occasionnant ainsi la fermeture provisoire de l’établissement pour 48 heures. Ces nouvelles atteintes, 21 au total et toutes de sexe féminin, présentaient les même symptômes que ceux du week-end dernier ( agitations hystériques, crises, syncopes et transes). Alertés, les sapeurs pompiers ont de nouveau rappliqué dans le lycée pour porter secours aux élèves en transes, tous pensionnaires du collège érigé dans l’enceinte même du lycée. Un lycée baigné dans une atmosphère de forte tension et dont la cour a été prise d’assaut par mal de parents d’élèves et de curieux accourus aux nouvelles. La salle des professeurs du lycée a été alors aménagée en centre d’accueil des jeunes filles victimes de transes pendant que celles qui présentaient des cas plus difficiles à prendre en charge ont été évacuées dans les hôpitaux de Fann et de Principal. Selon ainsi le colonel Diène Faye, commandant du sous-groupement n°1 du groupement national des sapeurs pompiers, « Douze (12) d’entre elles ont été admises à l’hôpital Principal de Dakar, une à l’hôpital de Fann et huit (08) traitées sur place et remises à leurs parents grâce à l’intervention des médecins dépêchés sur place dans le cadre du Plan blanc déclenché par les services de l’hôpital Principal ».
Un phénomène difficile à expliquer
Le phénomène d’hystérie collective qui a frappé à deux reprises les potaches du lycée Lamine Guèye semble jusqu’à ce jour échapper à toute explication rationnelle. Bien qu’une commission d’enquête soit déjà mise sur pied comme l’a affirmé le docteur Idrissa Bâ de la Direction de la santé mentale, les explications crédibles tardent pour rendre raison de ce phénomène dont l’ampleur commence à susciter l’inquiétude et la psychose chez les apprenants comme les membres d’encadrement pédagogique du lycée.
Cette absence d’explication rationnelle du phénomène de crise collective au lycée Lamine Guèye a fini d’ailleurs par conforter la thèse mystique de la dame Seynabou Gaye, exorciste de son état. Pour la traditionaliste, seul le recours à des sacrifices et à des rituels de purification peut permettre d’endiguer ce phénomène de transe collective au lycée Lamine Guèye. Il faut noter pour finir que l’établissement d’enseignement secondaire est fermé, par mesure de sécurité, jusqu’à nouvel ordre.
Un des plus vieux établissements de la capitale sénégalaise, le lycée Lamine Guèye a été construit en 1920 avec l’ouverture du cours secondaire de Dakar. Il est baptisé en 1936 lycée Van Vollenhoven, du nom d’un éphémère Gouverneur qui s’opposa au recrutement d’indigènes pour la première Guerre mondiale. L’établissement qui était fréquenté à sa création par les fils des blancs européens sera rebaptisé en 1985 ’’Lamine Guèye’’ (ancien président de l’Assemblée nationale) par le ministre de l’Education nationale de l’époque, Iba Der Thiam.
D’éminentes personnalités comme le premier Président Léopold Sédar Senghor, l’actuel Président de Mauritanie Sidi Ould Cheikh Abdellahi, l’écrivaine Mariama Bâ, des hommes politiques (Moustapha Niasse, Djibo Leïty Ka, Landing Savané, Mamadou Diop ‘’Decroix’’) ont fréquenté le lycée.
Un lycée dont la délocalisation annoncée par le régime libéral est à la source d’une véritable levée des boucliers. Des esprits malicieux sont même allés jusqu’à voir dans cette crise d’hystérie collective qui a frappé à deux reprises les élèves du lycée, une provocation « surnaturelle » d’intérêts nébuleux tapis dans l’ombre…

lundi 21 avril 2008

EMEUTES DE LA FAIM: Le Sénégal et l’Afrique au bord de la famine


LE PARISIEN - Le brutal renchérissement du prix des aliments, notamment du riz, a provoqué une flambée de colère en Afrique, mais aussi en Asie et dans les Caraïbes. Nos envoyés spéciaux à Dakar décrivent la souffrance des Sénégalais.
De Douala (Cameroun) à Abidjan (Côte d’Ivoire), du Caire (Egypte) à Dakar (Sénégal), en passant par Ouagadougou (Burkina Faso), les manifestations contre la faim secouent les capitales africaines. De semblables émeutes éclatent en Thaïlande ou au Bangladesh. A Haïti, où le prix du sac de riz avait doublé en moins d’une semaine, le chef du gouvernement a été renversé après une soudaine éruption de violence et des morts par balle. Et ce ne serait qu’un début.

En moins d’un an, le coût des produits alimentaires a augmenté de plus de 50 %, pour des raisons aussi diverses que la mode des biocarburants, la spéculation, l’impact de la mondialisation, le changement climatique ou l’évolution des modes de vie. Les économies les plus fragiles sont menacées, la stabilité, déjà précaire, de nombre de pays que l’on dit en voie de développement est au bord de l’effondrement.
La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a la première poussé un cri d’alarme. La situation est si grave, prévient-elle, qu’elle pourrait aboutir à des guerres encore plus meurtrières que celles qu’avaient connues les continents africain et asiatique. Avant la récente flambée des prix (plus de 50 % pour le riz en deux mois, plus de 80 % pour les céréales en quatre mois), « un enfant de moins de 10 ans mourait toutes les cinq secondes, 854 millions de personnes étaient gravement sous-alimentées », indiquait, il y a quelques jours, le sociologue suisse Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, qui craint « une hécatombe ».
La disette menace
Alors que la France vient de doubler, en passant à 60 M€, l’aide alimentaire aux pays pauvres, les gouvernements concernés font ce qu’ils peuvent, comme le président haïtien René Préval qui a imposé une réduction de 15 % du prix du kilo de riz. Nos reporters sont allés enquêter au Sénégal, où la disette menace et où le président Abdoulaye Wade tente d’enrayer la crise en fixant le prix maximum du kilo de riz à 280 francs CFA, soit 0,42 €.
A Dakar, l’angoisse quotidienne pour le riz
SOUS LE TOIT de tôle, la chaleur est étouffante. Une tenture sombre, brodée de versets du Coran, couvre le mur de parpaings, juste au-dessus d’un poste de télévision aux images tremblantes. Le sol est en terre battue. Cela fait quarante ans que M’Baye Dieye, 81 ans, calot sur la tête, membres squelettiques, habite sa cahute, dans une ruelle de Grand-Médine, l’une des cités bidonvilles de la périphérie de Dakar. Des gamins pieds nus courent dans la poussière, des jeunes au tee-shirt délavé shootent dans des ballons de foot rapiécés. Les ordures s’entassent en monticules nauséabonds. Il y a deux ans, le vieil Hadj (NDLR : titre que l’on donne à ceux qui ont fait le voyage à La Mecque) était encore un tailleur réputé, fier de son pèlerinage accompli en 1988, de son unique fils, « futur informaticien », de sa fille, mère de plusieurs enfants. « Autrefois, on vivait mieux », souffle le vieillard. A la retraite, sans rentrée fixe d’argent, il a peur, aujourd’hui, que les siens « aient faim. »
Chaque jour, une vingtaine de personnes au moins se retrouvent autour du patriarche, à partager le repas de midi, ce riz brisé devenu « hors de prix », cuit par les épouses, dans une grande bassine, au milieu de la cour de la masure. « Dans le quartier, on le paye de 400 à 450 francs CFA (NDLR : 0,61 à 0,68 €) le kilo, s’insurge l’une des petites-filles, une jolie jeune femme aux cheveux drus. Cela devient de plus en plus dur de nourrir une famille. »
« Le riz est devenu si cher », se lamente MByang Diop, une robuste quinquagénaire qui, au coin de la rue, assise sur une chaise en plastique, vend des mangues et ces morceaux de calcaire dont les femmes enceintes sont friandes. La flambée du prix du riz, qui aurait augmenté de 30 % en deux mois, base de tous les repas dans un pays où la moitié des habitants vit avec moins de 1,30 € par jour, où le nombre d’enfants par famille polygame peut aller jusqu’à quarante, prend des allures de catastrophe. Première et terrible conséquence de ce choc alimentaire : selon les statistiques de la Banque mondiale, la malnutrition atteint désormais, au Sénégal, près d’un enfant de moins de 5 ans sur quatre.
« On fait toujours trois repas par jour, mais on économise sur les quantités »
« Nous achetons quatre sacs de 50 kg par mois. En quelques mois le prix est passé de 12 500 CFA à 17 000 CFA (un peu plus de 19 € à un peu moins de 26 €), s’alarme Rachida Khady Diatta. C’est dur. » Matrone au port de tête altier, elle est assise sur le canapé du salon de sa jolie maison du quartier Dieupeul, là où la Société immobilière du Cap Vert avait, il y a une trentaine d’années, mis en chantier des lotissements destinés à la classe moyenne, ces fameux Sicap, fierté d’innombrables familles de fonctionnaires presque aisés. Un téléviseur couleur grand écran trône sur une table basse, les boubous des dames, dont les oreilles s’ornent de boucles d’or, sont impeccables. La famille, une vingtaine de personnes, tente de sauver les apparences, mais a commencé à rogner sur la nourriture. « Jusqu’à maintenant, on fait toujours trois repas par jour, mais on économise sur les quantités », explique Rachida.
L’exode rural, entre autres facteurs, explique, en partie, la situation actuelle. « Quand je me suis installé à Sagalkan (NDLR : gros bourg rural à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Dakar), il y avait beaucoup d’arbres fruitiers et de cultures maraîchères, dénonce Cheikou Touré, ancien inspecteur de l’Education nationale, les paysans locaux vivaient plutôt bien. L’urbanisation accélérée a mis en danger cette économie. » A Sagalkan, on vit quand même « un peu mieux » que dans les quartiers pauvres de Dakar. « Grâce aux femmes, précise Rokhaya Sarr, la deuxième épouse du fonctionnaire en retraite. Elles ont fondé une association qui vend leurs légumes aux marchés. » Urbains comme villageois s’inquiètent d’une possible pénurie de riz. Ndeye Seck, 54 ans, mère de cinq enfants, une « vieille maman à sa charge », divorcée d’un riche marabout « qui ne lui donne pas un sou », survit « grâce à la solidarité familiale ». Dans ses « deux chambres et salon » du centre de Dakar, elle s’affole déjà. L’épicier chez qui elle se fournit d’habitude est en rupture de stock. « J’ai déjà été obligée d’aller en acheter très loin de chez moi. »
Sur le marché Sandaga, en plein coeur de Dakar, les énormes sacs, bleutés ou roses, venus de Thaïlande, s’empilent pourtant dans les échoppes obscures aux odeurs épicées. « Il n’y a pas pénurie, jure Mamadou, épicier depuis plus de trente ans. Tout ça, c’est des histoires, pour faire peur. » Il avoue quand même que depuis qu’il vend son riz brisé à 13 250 CFA (un peu plus de 20 €) les 50 kg, « les gens en achètent moins ». Mustapha Tall, l’un des trois plus gros importateurs de riz du Sénégal, lui, est « inquiet. Il a « dérouté des cargaisons vers le Sénégal » et assure « qu’il a pour quatre mois de réserves en riz » .
Face à la crise, quelles solutions ?
LES ORGANISATIONS mondiales n’ont rien vu venir ni rien pu prévenir. Les émeutes de la faim ont explosé partout dans le monde, braquant brutalement les projecteurs sur des phénomènes « muets » : conversion massive de l’agriculture céréalière en biocarburants, explosion de la consommation alimentaire de géants démographiques tels que la Chine et l’Inde. Devant l’urgence, chacun y va de ses solutions. Malheureusement tardives, car il faudra des années pour infléchir durablement l’explosion des prix des matières premières.
Doubler les aides. La France portera à 60 M€ sa contribution 2008 au Programme alimentaire mondial et aux ONG spécialisées (soit l’équivalent de 200 000 t de céréales). Le prix d’un avion Rafale... L’aide publique au développement « est passée de 0,47 % du revenu national brut à 0,39 % en un an », dénonce le PS. La France, qui prend au 1er juillet la présidence de l’Union européenne, espère que son exemple aura un effet d’entraînement. Paris pourrait accueillir, d’ici à la fin de l’année, une conférence sur la sécurité alimentaire. « Lutter contre la faim et la pauvreté » est également le thème retenu par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, pour la prochaine assemblée générale des Nations unies en septembre.
Responsabiliser les Etats. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) réunie à Brasilia devant 33 pays d’Amérique latine et des Caraïbes appelle au volontarisme des Etats : « La production alimentaire peut être doublée en cinq ans », affirme son président, Jacques Diouf. Les priorités : les travaux d’irrigation, le développement des infrastructures rurales et de l’agriculture familiale, un meilleur stockage des produits agricoles, l’accès au crédit et la révision des règles du commerce.
Freiner les biocarburants. Etats-Unis, Europe, Brésil et Canada convertissent une part croissante de leurs récoltes en biocarburants. Les Etats-Unis y injectent 20 % de leur production de grain et visent les 136 milliards de litres produits d’ici à 2020. Le Brésil produira, lui, 20 milliards de litres dès 2008. « Un problème moral », soulève Dominique Strauss-Kahn, patron du FMI (Fonds monétaire international). Solution : développer des carburants de deuxième génération moins gourmands. Mais cela prendra entre dix et vingt ans.
Orienter les aides financières sur le développement agricole. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) préconise, elle, un glissement des aides financières aux pays en développement du FMI et de la Banque mondiale vers l’amélioration de l’offre agricole afin de juguler l’inflation des produits alimentaires.


lundi 24 mars 2008

RETOUR COUR SUPREME AU SENEGAL: « La reforme est scientifiquement infondée », selon le Pr El Hadji Mbodj

Le projet de loi réinstaurant la Cour suprême a été adopté la semaine dernière en Conseil des ministres. Ce retour à la case départ dénote, selon le professeur El Hadji Mbodj, des manquements et incohérences dans le dossier. Le constitutionnaliste parle de « réforme scientifiquement infondée ». Quant à l’Ondh, elle dénonce un "empressement incompréhensible" de l’Etat, rapporte Sud Fm.
Le Professeur craint une dégradation de la "qualité des arrêts qui seront rendus par cette Cour suprême...Le danger, c’est de voir les arrêts élaborés et rendus par des magistrats non experts en la matière". En effet, fait-il remarquer, "il s’agit d’une juridiction générale, disposant d’une compétence générale et pas spécialisée. Or, selon la doctrine, la théorie du Droit public, par exemple, le Droit administratif ne peut se développer que là où il y a des juridictions administratives, tout comme le Droit constitutionnel ne peut s’épanouir que là où il y a une Cour constitutionnelle ou un Conseil constitutionnel", soutient le professeur El Hadji Mbodj.
Le spécialiste de Droit constitutionnel de soulever un second niveau de problème lié à l’indépendance de la Justice : « on revient à la case départ, parce que le Conseil d’Etat n’est pas seulement juge de l’Administration, mais il est également conseiller du président de la République, conseiller du gouvernement et conseiller du Parlement (de l’Assemblée nationale et du Sénat), contrairement au Conseil d’Etat français. Donc voilà un bloc de compétences administratives qui sera dévolu à des animateurs encore une fois non imprégnés des véritables contraintes, des véritables réalités de l’Administration. Donc cette réforme me paraît scientifiquement infondée même si, sur l’opportunité, nous n’avons pas à nous prononcer", soutient Mbodj.
Du côté de l’Organisation nationale des droits de l’Homme (Ondh), on parle de l’empressement de l’Etat pour faire revenir cette Cour suprême, alors que c’était juste à l’état de projet. « Ce projet de loi qui a été adopté nous a surpris parce que, comme vous le savez, des consultations étaient en cours et à ce jour, des conclusions n’ont pas été portées à notre connaissance pour validation ou invalidation. Le président de la Cour de cassation avait saisi tous les secteurs de la justice et même ceux de la société civile pour des consultations. Et on a appris que ce projet est passé en Conseil des ministres. Donc nous n’avons pas compris cet empressement », plaide Me Assane Dioma Ndiaye, président de l’Ondh.
Le défenseur des droits humains d’ajouter : "les principaux concernés, les magistrats, ne sont pas d’accord sur ce projet de loi, sur ce retour à la Cour suprême, parce que les arguments qui étaient brandis concernent en fait uniquement le Conseil d’Etat". Pour lui, les critiques sur cette juridiction condamnée à la disparition, avec les réformes en cours, ne se justifient pas. "On a reproché au Conseil d’Etat de n’avoir pas suffisamment statué cette année ou de n’avoir pas suffisamment reçu de requêtes. Or, on ne s’est pas demandé pourquoi cette situation de fait. Nous avions plutôt demandé une décentralisation de ce Conseil d’Etat, pour permettre aux citoyens qui sont à Tamba, à Diourbel, à Thiès d’avoir un organe plus près d’eux et en cas d’attaque d’un acte administratif, pouvoir saisir ce Conseil d’Etat. Nous avions également demandé que ce Conseil puisse statuer dans des délais raisonnables. Mais on a pris prétexte de cela pour revenir sur une réforme qu’on avait faite, qu’on n’a pas suffisamment évaluée, pour une réforme qui ne rencontre pas l’adhésion des principaux concernés, les magistrats", dit-il pour s’en désoler.

vendredi 21 mars 2008

MOUSTAPHA SY SUR LES HUES CONTRE Me WADE:« Il appartient au destinataire du message d’en tirer les leçons »


Tivaouane d’El Hadji Malick Sy est belle et bien la ville où le chef de l’Etat Me Abdoulaye Wade a été hué le lundi 17 mars. Les pierres qu’il a essuyées véhiculent un message et il appartient aux autorités d’en tirer les leçons. C’est en substance ce que l’on peut retenir de la sortie de Serigne Moustapha Sy, responsable moral du Dahiratoul des moustarchidina wal moustarchidaty (Dmwm) hier, jeudi 20 mars au champ de course de cette Cité religieuse.
Tivaouane - La 106ème édition du « Gamou » de Tivaouane, commémorant la naissance du Sceau des Prophètes, Mohamed (Psl) a vécu. La ville de Seydi El Hadji Malick Sy aura été le centre d’attraction de nombreux fidèles venus de divers horizons. Dans cette Cité religieuse, en plus des « zawiya » (mosquées) d’El Hadji Malick Sy et Serigne Ababacar Sy, qui ont refusé du monde, le champ de course a été aussi un lieu de convergence de dizaines de milliers de talibés. Là, c’est la Dahiratoul moustarchidina wal moustarchidaty (Dmwm) qui organise le « mawlid nabi ». Le responsable moral de ce mouvement, Serigne Moustapha Sy, qui s’entretient avec les disciples chaque lendemain de « Gamou », a sacrifié à la tradition.
Cette cérémonie a été un prétexte pour lui, de s’inscrire en faux contre la sortie au vitriol d’Abdou Abou Aziz Sy « Junior » démentant l’information selon laquelle le président de la République, Me Abdoulaye Wade a essuyé des hués lors de sa visite au Khalife général des « Tijanes », lundi 17 mars dernier. Devant une foule nombreuse de fidèles qui écoutaient religieusement, Serigne Moustapha Sy a confirmé que « la ville où Me Wade a été hué est belle et bien Tivaouane d’El Hadji Malick Sy ». Selon lui, hormis le langage, la prière, les pierres aussi véhiculent un message. C’est pourquoi il n’y a pas lieu de dramatiser, ni de réagir suivant sa colère contre cet acte. « Il faut réagir avec esprit et tirer toutes les leçons de ce geste des populations. Et il appartient aux destinataires, les autorités d’en tirer les enseignements et de faire en sorte qu’ils ne soient plus surpris par un message pareil ». Et le guide religieux de citer en exemple la sagesse du Prophète Mohamed face à la réaction hostile des populations de Taïf avant de mettre en garde en ces termes : « il ne faut pas se jouer de la vie, de l’âme de l’autre si l’on veut éviter qu’on se joue de la sienne ».
L’avocat défenseur de la presse est largement revenu sur les maux qui gangrènent notre société. Ils ont pour nom la crise de personnalité, la perte des valeurs, l’amalgame, la calomnie… Pour Serigne Moustapha Sy, au Sénégal, l’on fait trop de bruits, de lectures du Coran. Or l’esprit, le cœur, le sens de ce livre Saint est différent de lettres lues. Suffisant pour qu’il en appelle à l’unité des cœurs. « L’unité des cœurs pour la paix et la concorde a plus d’effet que ces nombreuses prières, ces longs chapelets, ces lectures de Coran ». Dans le même ordre d’idées, il a proposé aussi comme remède la légalité, l’entretien de relations sincères et honnêtes avec les hommes, à l’image des liens qui unissaient nos parents et chef religieux. « Vouloir rompre ces relations humanitaires qui vont au-delà du cadre familial, de la religion, c’est s’attirer la colère des gens ».
Toutefois, la réalisation de ces recommandations suppose un changement de mentalité, de la patience et de la simplicité a-t-il conseillé. C’est pourquoi Moustapha sy invite également à dépasser les discours élémentaires, le verbe facile en vue de la construction de la société. Et, l’édification d’une société digne de ce nom passe par la prise en considération de quatre catégories de personne que sont les vieux, les jeunes, les femmes et les étrangers. « Celui qui néglige ces quatre personnes dans la construction d’une société échoue. Un cas d’école, le Prophète Mohamed (Psl) a bâti la sienne en tenant compte de ces quatre couches qui étaient représentés respectivement par Abu Bakr, Aliou, Khadidia et ZaÏd » a-t-il fait remarquer.